Servitude apprise

 

Nous avons tous, plus ou moins, été élevé dans un schéma de servitude.

Parce que depuis notre toute petite enfance, on nous a enseigné à obéir, à faire ce qu’on nous demandait, même dans les familles où règne la bienveillance, là où l’enfant est traité comme un être indépendant dont on respecte les désirs. En effet, même dans ces familles où il ne craint pas vraiment la sanction, le petit enfant capte les émotions de ses parents, et leur œil désapprobateur, et il s’y adapte afin d’obtenir la récompense du regard parental qui valide.

Mais dans les familles dysfonctionnelles ou maltraitantes l’enjeu est énorme. Là l’enfant doit se soumettre pour ne pas se mettre en danger. Dans cette famille, on ne va certainement pas lui enseigner qu’il est un être libre et qu’il peut penser par lui-même. L’enfant va donc passer des années à répéter son rôle de gentil et bien obéissant enfant.  Il va se sur adapter, se taire quand il a envie de parler, et ne pas sortir du rôle qu’on lui a attribué.

Il pense que s’il ne le fait pas il risque de se retrouver sans l’amour de sa famille, car il n’aura pas fait ce qu’il faut pour le mériter. Il ne faut donc pas faire de vagues.

Lorsque cet enfant devient adulte il va continuer à se conformer aux attentes des autres. Sa famille, ses amis, ses collègues, son conjoint.

Bien sûr, maintenant qu’il est adulte il pourrait faire comme bon lui semble. Oui mais voilà, cette liberté dont il pourrait disposer, le plonge dans une angoisse profonde. Il a été habitué à un cadre qui lui dit comment se comporter, qui lui montre ce qu’on attend de lui.

Se retrouver à pouvoir décider par lui-même l’épouvante, il craint les conséquences. Il se retrouve dans la hantise de devoir assumer le désaveu des autres.

Parce qu’effectivement chaque groupe, qu’il soit familial, professionnel, amical ou autres, chaque groupe a son système de croyances et sa propre façon de fonctionner. Et chaque individu faisant partie de ce groupe a un rôle a y jouer. Au sein de ce groupe, on peut être le meneur, celui qui aide toujours autrui, le rigolo qui amuse tout le monde, ou celui qui fait plaisir aux autres, toujours prêt à se sacrifier etc… Et pour que le groupe continue à fonctionner, il ne faut pas que la dynamique change, sinon cela met en péril l’équilibre du groupe, sa cohésion.

Il arrive fréquemment qu’un des membres du groupe ait des envies, des rêves, dont il sait, ou il imagine, qu’ils ne seront pas validés par le groupe. Dans ce cas son cerveau beugue. En conséquence, la plupart du temps, il s’adaptera et renoncera. Ou il procrastinera jusqu’à finalement s’auto saboter inconsciemment. Comme ça, il ne décevra pas les autres.

Quelque fois l’un des membres du groupe, de la famille, qui a beaucoup travaillé sur lui-même, choisis de suivre ses envies, ses ressentis, ses rêves, et de ne pas se soucier de l’avis des autres. Celui-ci a atteint un niveau d’autonomie et d’amour de lui-même qui lui permettent de faire fi de ce que les autres pensent. Il se respecte, Il ne pense plus qu’il doit bien faire, mais qu’il doit faire librement. Sa liberté n’est pas juste un vernis qu’il frotte devant les autres pour laisser croire qu’il brille, non, non, sa liberté est réelle.

Alors effectivement, le groupe, de sang ou pas, le rejette. Souvent il est sali, moqué, humilié, mais il tient bon. Il sait que la véritable liberté ne se donne pas, elle se gagne, quelque fois lors de rudes batailles. Il sait que vouloir plaire à tout le monde et la meilleure façon de se déplaire à soi-même, et il se l’interdit. Il ne fait pas de concessions avec son indépendance. Il accepte alors d’être le mouton noir, si c’est le prix à payer pour sa liberté.

Et puis le temps passant il réalise enfin que contrairement à l’idée qu’il en avait, il n’était pas l’intrus au sein du groupe. Que ce n’est pas lui qui n’a jamais pu s’adapter aux autres. Il comprend qu’il n’était juste pas dans le bon groupe. Qu’il existe ailleurs des êtres avec qui il est en accord, et que lorsqu’il ne l’est pas, rien ne lui est reproché. Parce que ces êtres là ont comme lui, fait ce chemin qui mène au respect d’eux-mêmes et des autres. Que pour eux la liberté, la leur ou celle des autres, n’est pas négociable. Il rejoint alors le camp des solitaires qui savent passer du temps de qualité avec eux-mêmes, et quelque fois il prend plaisir à retrouver pour un temps donné d’autres solitaires qui viennent partager leur liberté avec la sienne.

 Il arrive même à la fin de son voyage d’amour de lui-même qu’il rencontre un autre être, capable de partager sa propre indépendance avec la sienne. Ses deux-là s’aiment tellement, qu’ils n’ont d’autre ambition pour leur vie que de se sentir encore plus libre en respectant avec amour, la liberté de l’autre…

Véronique Journot Lambey

Véronique

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