La blessure d’humiliation : quand la honte nous empêche d’être nous-mêmes
La blessure d’humiliation : quand la honte nous empêche d’être nous-mêmes
En préambule il me semble important de préciser que nous pouvons être plusieurs à avoir vécu le même événement, sans avoir les mêmes blessures. D’autre part, nous pouvons avoir plusieurs blessures, et certaines plus importantes que d’autres. Ceci n’est pas un diagnostic médical, mais une notion de développement personnel.
Vous avez parfois l’impression de ne jamais être assez bien ? Vous avez du mal à parler de vos difficultés, à demander de l’aide ou à exprimer vos besoins, de peur d’être jugé, ridiculisé ou de déranger ?
Derrière ces comportements peut se cacher une peur profonde : celle d’être humilié, de perdre la face ou de donner aux autres une raison de nous dévaloriser.
La blessure d’humiliation est une expression utilisée pour désigner une souffrance liée à des expériences vécues comme dégradantes, rabaissantes ou honteuses. Elle peut notamment être associée à des moqueries répétées, à des critiques humiliantes, à des remarques sur le corps, à des comparaisons ou à des situations dans lesquelles une personne s’est sentie exposée et dévalorisée.
Parfois, ce ne sont pas les événements eux-mêmes qui marquent le plus, mais le sentiment de ne pas avoir été respecté, protégé ou entendu.
Pour éviter de revivre cette souffrance, nous pouvons alors apprendre à nous faire petits, à cacher ce que nous ressentons, à faire passer les autres avant nous ou à essayer de devenir irréprochables.
Ces comportements ont souvent une fonction de protection. Mais avec le temps, ils peuvent nous éloigner de nos besoins, de nos envies et de la personne que nous aimerions être.
Comment la blessure d’humiliation peut-elle se construire ?
L’enfance est une période importante dans la construction de l’image que nous avons de nous-mêmes. Le regard des adultes, leurs paroles et leur manière de réagir à nos erreurs contribuent à la façon dont nous apprenons à nous percevoir.
Un enfant qui est régulièrement ridiculisé, comparé aux autres, réprimandé devant tout le monde ou moqué lorsqu’il exprime une émotion peut finir par ressentir de la honte.
Il peut entendre des phrases comme :
- « Tu es vraiment ridicule ! »
- « Tu ne peux donc jamais faire les choses correctement ? »
- « Regarde les autres, eux au moins savent se tenir. »
- « Arrête de pleurer, tu es insupportable. »
- « Tu me fais honte ! »
À force d’entendre ce type de remarques, l’enfant peut finir par croire qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez lui.
Il ne pense plus seulement : « J’ai fait une erreur », mais parfois : « Je suis nul », « Je suis ridicule » ou « Je ne dois surtout pas montrer qui je suis réellement ».
Il peut alors chercher à éviter toute situation dans laquelle il risque d’être critiqué ou exposé.
Cette souffrance peut être réveillée à l’adolescence, dans une relation amoureuse, au travail ou dans d’autres circonstances qui peuvent également affecter profondément l’image de soi.
Chaque personne réagit différemment à son histoire. Le sentiment de honte ne suffit pas, à lui seul, à expliquer une personnalité ou un comportement.
Les mécanismes que nous mettons en place pour éviter d’avoir honte
- Se dévaloriser avant que les autres ne le fassent
Certaines personnes ont pris l’habitude de se critiquer elles-mêmes.
Elles plaisantent sur leurs défauts avant que quelqu’un ne puisse les remarquer. Elles minimisent leurs compétences, s’excusent excessivement ou répètent qu’elles ne sont pas capables.
Elles peuvent dire :
« Je suis vraiment maladroit. »
« De toute façon, je ne suis pas très intelligent. »
« Ne faites pas attention à moi, je ne sais jamais rien faire correctement. »
À première vue, ces paroles peuvent sembler anodines. Pourtant, elles peuvent devenir une manière de prendre les devants : si je me rabaisse moi-même, les autres auront moins de pouvoir pour me blesser.
Mais cette stratégie a un coût. À force de répéter des jugements négatifs sur soi, on peut finir par les considérer comme des vérités.
Et lorsque quelqu’un nous fait un compliment, il devient difficile de le croire.
- Faire rire les autres pour cacher sa souffrance
L’humour peut être une véritable qualité. Il permet de créer du lien, de prendre du recul et de traverser certaines difficultés.
Mais il peut aussi devenir une protection.
Certaines personnes font systématiquement des plaisanteries sur elles-mêmes, détournent les conversations dès qu’elles deviennent personnelles ou font rire leur entourage lorsqu’elles sont mal à l’aise.
Elles préfèrent être celles qui font rire plutôt que de risquer d’être celles dont on se moque.
Derrière le sourire, il peut pourtant y avoir une grande sensibilité au jugement, une peur de ne pas être accepté ou une difficulté à montrer sa vulnérabilité.
Le problème n’est pas de rire de soi. Il apparaît lorsque l’humour devient le seul moyen de dissimuler sa souffrance.
- Faire passer les besoins des autres avant les siens
Pour éviter les critiques et préserver les relations, certaines personnes apprennent à être toujours serviables, disponibles et arrangeantes.
Elles acceptent les demandes, même lorsqu’elles sont épuisées. Elles évitent de dire non, supportent des remarques blessantes et préfèrent se taire plutôt que de provoquer un désaccord.
Elles peuvent penser :
« Si je rends service, on m’appréciera. »
« Si je refuse, on va me trouver égoïste. »
« Je ne dois pas faire d’histoires. »
Peu à peu, elles deviennent très attentives aux besoins des autres, mais perdent le contact avec les leurs.
Elles peuvent même ressentir de la culpabilité lorsqu’elles prennent du temps pour elles, se reposent ou expriment un désaccord.
À force de vouloir être irréprochables aux yeux des autres, elles risquent de ne plus se respecter elles-mêmes.
- Se cacher et éviter certaines situations
La peur de l’humiliation peut conduire à éviter les situations dans lesquelles nous pourrions être observés ou évalués.
Prendre la parole en public, demander une augmentation, proposer une idée, rencontrer de nouvelles personnes ou entreprendre un projet peut devenir source d’angoisse.
La personne imagine ce qui pourrait mal se passer : se tromper, rougir, ne pas savoir répondre, être critiquée ou devenir la cible de moqueries.
Elle préfère alors ne pas essayer.
Sur le moment, l’évitement procure un soulagement. Mais à long terme, il peut renforcer la peur : puisque la situation a été évitée, la personne n’a pas pu découvrir qu’elle était peut-être capable de la traverser.
Elle peut progressivement renoncer à des occasions professionnelles, sociales ou personnelles qui lui tenaient pourtant à cœur.
Quand la honte nous pousse à nous auto-saboter
L’auto-sabotage désigne des comportements qui nous empêchent parfois d’obtenir ce que nous souhaitons, alors même que nous faisons des efforts pour y parvenir.
Dans le cas de la blessure d’humiliation, il peut prendre plusieurs formes.
Ne pas oser réussir
Cela peut sembler paradoxal, mais réussir signifie parfois devenir plus visible.
Une promotion, un projet personnel, une prise de parole ou une nouvelle relation nous expose davantage au regard des autres.
Si nous avons peur d’être jugés, critiqués ou ridiculisés, nous pouvons inconsciemment freiner nos propres avancées.
Nous repoussons une échéance, nous ne présentons pas notre travail, nous renonçons à une opportunité ou nous trouvons mille raisons de ne pas nous lancer.
Il ne s’agit pas nécessairement d’un manque de motivation. La peur de l’exposition peut être si inconfortable que rester dans une situation connue paraît plus sûr.
Accepter des relations dans lesquelles nous sommes rabaissés
Lorsque nous avons une image négative de nous-mêmes, il peut devenir difficile de reconnaître que nous méritons d’être traités avec respect.
Nous pouvons minimiser certaines paroles, trouver des excuses aux comportements blessants ou nous convaincre que nous sommes trop sensibles.
Nous pouvons également avoir peur de réagir, car poser une limite nous expose à un conflit, à une critique ou à un rejet.
À force d’accepter des comportements qui nous font souffrir, nous risquons de renforcer l’idée que nos besoins comptent moins que ceux des autres.
Il est important de le rappeler : la responsabilité d’une humiliation ou d’un comportement maltraitant appartient à la personne qui le commet. Comprendre ses propres réactions ne signifie jamais être responsable des mauvais traitements subis.
Se mettre en colère lorsque l’on se sent humilié
Toutes les personnes qui ressentent cette souffrance ne se replient pas sur elles-mêmes.
Certaines réagissent au contraire par une colère intense lorsqu’elles se sentent rabaissées, critiquées ou exposées.
Une remarque peut être vécue comme une attaque personnelle. La personne se défend vivement, cherche à se justifier ou répond de manière agressive.
Cette réaction peut être une tentative de protéger sa dignité et d’empêcher que la situation se reproduise.
Mais lorsque la honte est difficile à reconnaître, elle peut parfois se transformer en colère, ce qui complique les échanges et éloigne les autres.
Apprendre à identifier ce qui nous a blessés permet parfois de répondre avec davantage de clarté, sans devoir nous écraser ni attaquer en retour.
Pourquoi est-il si difficile de sortir de la honte ?
Parce que la honte ne concerne pas seulement ce que nous avons fait. Elle peut toucher à ce que nous croyons être.
La culpabilité dit plutôt : « J’ai fait quelque chose de mal. »
La honte peut nous faire penser : « C’est moi qui suis mauvais, ridicule ou indigne. »
Cette différence est importante. Nous pouvons reconnaître une erreur, la réparer et apprendre de l’expérience sans en conclure que nous n’avons aucune valeur.
Lorsque la honte est profondément installée, nous pouvons pourtant avoir du mal à distinguer nos comportements de notre identité.
Une critique devient alors une preuve de notre insuffisance. Une maladresse semble confirmer que nous sommes ridicule. Une difficulté relationnelle peut être interprétée comme la preuve que nous ne méritons pas d’être aimés.
Nous ne voyons plus seulement une situation particulière : nous nous jugeons tout entiers à travers elle.
Comment commencer à se libérer de la blessure d’humiliation ?
Il ne s’agit pas de ne plus jamais ressentir de honte. Cette émotion peut apparaître chez tout le monde.
L’objectif est plutôt de ne plus laisser la peur du jugement décider systématiquement à notre place.
Apprendre à reconnaître les paroles que l’on se répète
Lorsque vous vous surprenez à penser « Je suis nul », « Je suis ridicule » ou « Je n’aurais jamais dû dire ça », prenez un instant pour examiner cette pensée.
Est-ce un fait ou un jugement ?
Auriez-vous les mêmes mots envers une personne que vous aimez si elle commettait la même erreur ?
Vous pouvez apprendre à remplacer progressivement la condamnation de vous-même par une observation plus juste : « Je me suis trompé, cela arrive », ou « Cette situation m’a mis mal à l’aise, mais elle ne définit pas qui je suis ».
Il ne s’agit pas de se convaincre artificiellement que tout va bien, mais de se parler avec davantage de respect.
Apprendre à poser des limites
Dire non ne fait pas de vous une personne égoïste.
Vous pouvez refuser une demande, exprimer un désaccord ou demander à être traité avec respect sans avoir à vous justifier pendant des heures.
Commencez par de petites situations, dans lesquelles vous vous sentez suffisamment en sécurité.
Vous n’avez pas besoin de devenir dur ou de vous opposer à tout le monde. Vous pouvez être bienveillant tout en reconnaissant que vos besoins ont de l’importance.
Oser être imparfait
Vous avez le droit de ne pas savoir, de poser une question, de vous tromper ou d’apprendre quelque chose de nouveau.
Vous pouvez essayer de faire un petit pas vers une situation que vous évitez, sans vous demander d’être immédiatement à l’aise.
L’objectif n’est pas de vous mettre en difficulté volontairement, mais de découvrir progressivement que vous pouvez parfois supporter le regard des autres sans que cela remette en question votre valeur.
Accepter de recevoir sans devoir immédiatement rendre
Si vous avez l’habitude de donner beaucoup, recevoir peut être inconfortable.
Un compliment, une aide, une attention ou un cadeau peuvent provoquer de la gêne, comme si vous deviez immédiatement prouver que vous les méritez.
Vous pouvez vous entraîner à dire simplement « merci », sans minimiser ce que l’on vous offre ni chercher aussitôt à rendre la pareille.
Vous avez le droit de recevoir de l’attention et du soutien sans devoir en permanence démontrer votre utilité.
Apprendre à distinguer le regard des autres de sa propre valeur
Tout le monde ne vous appréciera pas. Certaines personnes pourront vous critiquer, ne pas vous comprendre ou ne pas être d’accord avec vos choix.
Cela ne signifie pas nécessairement que vous avez tort ou que vous ne valez rien.
Vous pouvez écouter une remarque pertinente, reconnaître une erreur lorsque c’est nécessaire et laisser de côté les jugements qui ne vous définissent pas.
La liberté commence parfois lorsque l’on cesse de chercher à être irréprochable aux yeux de tout le monde.
Se reconstruire après des expériences humiliantes
Lorsque la honte est ancienne, qu’elle affecte les relations ou qu’elle conduit à éviter de nombreuses situations, un accompagnement peut aider à comprendre les réactions qui se sont installées.
Il peut permettre de travailler sur l’image de soi, les croyances négatives, les difficultés à poser des limites et les souvenirs qui restent douloureux.
Selon les besoins et la situation, l’hypnose peut être utilisée pour explorer certaines réactions et renforcer les ressources personnelles. L’EMDR peut être indiquée lorsque des souvenirs traumatiques contribuent à la souffrance, dans un cadre adapté.
Il n’existe pas de méthode universelle ni de résultat garanti. Le cheminement se construit au rythme de chacun, en respectant ses limites.
Vous souhaitez avancer autrement ?
Je m’appelle Véronique Fleur de Résilience, je vous propose un accompagnement en hypnose et en EMDR à Aubenas en Ardèche, selon les besoins et la situation de chacun.
Apprendre à reconnaître sa valeur, à exprimer ses besoins et à ne plus vivre dans la peur permanente du jugement peut permettre de retrouver davantage de liberté dans ses relations et ses choix.
Vous n’avez pas besoin d’être parfait, de faire rire tout le monde ou de vous rendre indispensable pour mériter le respect. Vous avez le droit d’être vous-même, avec vos forces, vos limites et vos imperfections.
Prenez soin de vous, vous êtes important(e)!