LES FEMMES PREFERENT-ELLES LES CONNARDS ?
Sans trahir le secret professionnel, je citerai simplement une phrase prononcée un jour par l’un de mes consultants :
« J’ai l’impression que les femmes préfèrent toujours les connards. Être gentil, ça ne paie pas, je crois. »
Bien sûr que non, les femmes ne préfèrent pas les « connards ».
Mais alors, pourquoi certaines personnes semblent-elles être attirées encore et encore par des relations qui les font souffrir ?
La réponse peut parfois se trouver dans leur histoire.
Quand ce qui fait souffrir ressemble à ce que l’on connaît
Notre histoire personnelle peut influencer la manière dont nous percevons l’amour, l’attachement et la sécurité affective.
Lorsqu’un enfant a grandi avec un parent émotionnellement indisponible, absent, imprévisible, négligent ou maltraitant, il peut avoir intégré certaines représentations de la relation.
Cela ne signifie évidemment pas que toutes les personnes ayant vécu des difficultés dans leur enfance reproduiront les mêmes schémas.
Mais pour certaines, ce qui est familier peut sembler plus facilement identifiable que ce qui est nouveau.
Il peut alors devenir difficile de reconnaître une relation saine lorsque celle-ci se présente.
La personne peut avoir appris à courir après l’amour, à chercher constamment à être rassurée, à prouver son attachement ou à faire énormément d’efforts pour maintenir le lien. Penser que lorsqu’on aime, ça doit être passionnel.
Et parfois, préserver la relation devient plus important que respecter ses propres besoins.
Imaginez maintenant qu’un homme — ou une femme — arrive avec de la bienveillance, de la stabilité, de la gentillesse sincère et une réelle disponibilité émotionnelle.
Pour quelqu’un qui a longtemps vécu l’amour sur un mode instable, cette relation peut sembler… étrange.
Voire ennuyeuse.
Parce que lorsque l’on a associé l’amour aux cris, aux pleurs, aux séparations et aux retrouvailles, à l’attente d’un message, au besoin de convaincre l’autre de rester, aux sacrifices permanents ou aux montagnes russes émotionnelles, le calme peut être confondu avec l’absence de passion.
La relation saine ne provoque pas nécessairement ce grand bouleversement émotionnel auquel la personne est habituée.
Et elle peut alors se demander :
« Est-ce que je l’aime vraiment ? »
Alors que parfois, la véritable question serait plutôt :
« Est-ce que je suis habitué(e) à ce que l’amour ressemble à cela ? »
Et c’est là qu’entrent en scène les « connards » ?
Et c’est là qu’entrent en scène les « connards ».
Lorsqu’une personne fragilisée par son histoire rencontre quelqu’un qui alterne séduction intense et distance, compliments et dévalorisation, présence et absence, elle peut ressentir quelque chose de très puissant.
Un débordement d’attention.
Puis un retrait brutal.
Des compliments.
Et ensuite de l’indifférence.
Une déclaration d’amour.
Suivie d’une humiliation.
Une proximité intense.
Puis une disparition.
Ces alternances peuvent créer une relation particulièrement déstabilisante, mais qui pour autant apporte un shoot d’adrénaline.
Et pour quelqu’un qui a déjà connu l’instabilité affective, cette intensité peut parfois être interprétée comme une preuve d’amour.
« Il m’aime tellement qu’il est jaloux. »
« Elle est tellement attachée à moi qu’elle ne supporte pas que je m’éloigne.»
« S’il revient toujours, c’est bien qu’il m’aime. »
Pourtant, l’intensité n’est pas nécessairement de l’amour.
La souffrance n’est pas une preuve d’attachement.
Et une relation dans laquelle il faut constamment mériter sa place n’est pas forcément une relation passionnelle, elle peut simplement être une relation malsaine.
Face à ce type de relation, certaines personnes peuvent aussi développer une conviction très forte :
« Si je l’aime suffisamment, il changera »
Sauver l’autre pour être enfin aimé
Elles vont alors donner davantage, pardonner davantage, comprendre davantage, supporter davantage.
Comme si elles pouvaient enfin réussir là où, enfant, elles n’avaient pas pu changer leur propre histoire.
Comme si elles pouvaient devenir suffisamment indispensables pour que l’autre finisse par les aimer comme elles auraient aimé être aimées.
Et si l’on devenait soi-même le « connard » ?
Il existe aussi une autre manière de réagir à une enfance marquée par la négligence ou la maltraitance.
Certaines personnes peuvent, consciemment ou non, choisir de prendre le pouvoir.
« Puisque j’ai souffert, je ne serai plus jamais celui ou celle qui souffre. »
« Plus personne ne me fera ça. »
« Cette fois, c’est moi qui contrôlerai. »
Les histoires individuelles sont évidemment beaucoup plus complexes que cela.
Mais parfois, la souffrance vécue peut participer à construire des mécanismes de protection qui passent par le contrôle, la distance émotionnelle ou la répétition de comportements relationnels appris.
Alors, si vous êtes le « gentil » ou la « gentille » de l’histoire ?
Je suis au regret de vous dire :
Vous ne pouvez pas guérir quelqu’un de ses blessures à sa place.
Inutile de devenir encore plus gentil pour convaincre quelqu’un de vous aimer.
Vous ne pouvez pas aimer suffisamment une personne pour faire disparaître son passé.
Et vous n’avez certainement pas besoin de devenir un « connard » pour être désirable.
Si quelqu’un n’est pas prêt à reconnaître ses propres blessures ou à travailler sur ses schémas relationnels, vous ne pourrez pas effectuer ce travail à sa place.
Choisissez simplement de vous respecter.
Dirigez-vous vers une personne qui est capable de reconnaître ce que vous lui offrez.
Une personne pour qui la sécurité ne ressemble pas à de l’ennui.
Qui n’a pas besoin de souffrir pour se sentir aimée.
Une personne qui sait que l’amour peut être calme sans être plat, passionné sans être destructeur, intense sans être violent.
Le jour où vous rencontrerez une personne suffisamment sécurisée dans sa relation à elle-même et à l’autre, quelque chose pourra changer.
Vous n’aurez plus besoin de convaincre.
Plus besoin de courir.
De vous demander chaque matin si vous êtes encore aimé.
Vous pourrez simplement être deux personnes qui se choisissent.
Deux personnes qui reconnaissent leurs qualités respectives.
Des personnes capables de donner de l’amour et d’en recevoir.
Vous regarderez alors l’amour du même endroit, tous les deux.
Prenez soin de vous.
Vous êtes important !
Véronique Fleur de Résilience